Un Petit Peu De #MeToo - Épisode 4

Published 01-May-2020 By Liz Updated 07-May-2020

On continue ici avec l'Épisode 4 (le dernier). Pour lire l'Épisode 3 cliquez ici


Avance rapide de trente-cinq ans jusqu'à 2016. J'avais cinquante-six ans. Ma vie était en plein bouleversement. Ma mère venait de mourir, nous avions vendu notre belle ancienne ferme à Devon, et la situation politique du Brexit avait un impact négatif sur moi. J'étais malheureuse et, en deuil de ma mère. C'était une année horrible.

Pour gagner du temps et réfléchir, nous avons décidé de louer une maison dans une région qui était nouvelle pour nous. Nous avions besoin d'un nouveau départ et d'habiter quelque part où mon mari pourrait recommencer son travail professionnel. Il n'était pas fait pour être agriculteur.

Donc nous avons choisi la région de Bath. C'est une belle ville avec des maisons superbes, beaucoup de magasins, de culture, et c'est assez près de Londres pour mon mari.

Nous avons loué une aile d'un manoir aristocratique dans un grand domaine privé. Nous avons partagé l'énorme manoir avec une famille noble. Mon mari a trouvé un boulot très vite. Bientôt j'étais seule avec ma petite chienne malade Reina, dans cette grande maison. Je n'avais aucun amis dans la région.

Les Portes du Manoir
L'aile que nous avons louée
Reina

Mes amis qui habitaient dans d'autres régions du pays nous rendaient visite souvent. Mes amis américains et mes parents américains nous rendaient visite également. Mais entre toutes ces visites j'étais seule donc j'ai essayé de trouver des amis locaux.

Un jour, la gouvernante du manoir m'a invitée à rejoindre l'Institut De La Femme (WI). Elle en était membre. J'ai hésité. Le WI n'était pas du tout ma tasse de thé.  Mais je me sentais seule et si je voulais trouver des amis locaux je n'avais pas le choix. Je me suis inscrite au WI.

Les membres étaient presque toutes à la retraite. Elles aimaient faire du jardinage, du tricot, des randonnées et de la chasse. Elles aimaient beaucoup la Reine et le Brexit. Je faisais de mon mieux pour m'intégrer, mais je n'étais pas convaincante.

Un soir dans le pub avec les femmes de WI et leurs maris, je me suis retrouvée seule au milieu de cette foule. Tout le monde parlait avec quelqu'un, mais pas avec moi.

Heureusement, un des maris m'a remarquée et a décidé de quitter sa table, et de s'asseoir à côté de moi et de lancer un conversation.

Il avait (j'ai calculé plus tard) environ soixante dix-huit ans, mais il était en très bonne forme physique et avait l'air plus jeune.

Il m'a posé beaucoup de questions - sur ma vie, mes origines, mes parents, mon education, mon travail. Beaucoup trop!

Les questions étaient un signal d'alarme pour moi. Normalement si quelqu'un me parle comme ça, je sais que c'est un connard.

J'ai fourni les réponses.

Le Pub

Après quelques minutes, il est devenu clair qu'il ne croyait que j'avais travaillé pendant trente ans comme ingénieure informatique et que j'avais contribué à de grands projets.

"Vraiment?" il a dit. Où travailliez-vous?

J'ai dit que maintenant je travaillais pour moi-même chez moi, mais qu' auparavant, je travaillais dan une raffinerie de pétrole, pour London Transport, pour Coutts, pour Credit Suisse, pour Vodafone .... la liste continuait

Il a secoué la tête et a souri comme s'il parlait à un enfant. Il m'a dit,

"J'étais ingénieur en mécanique et je travaillais avec les avions pour l'industrie de la défense".

Ah! Finalement, je me suis dit. J'avais une chance de trouver un terrain d'entente avec lui.

"Moi aussi" J'ai dit. "J'écrivais des software pour les avions - je travaillais également à British Aerospace. Quelle coïncidence."

Il a dit "Toi!! - British Aerospace - où précisément?"

J'ai dit "Stevenage, Six Hills Way."

Il m'a repondu, "Eh - moi aussi - au même endroit. Quand?"

J'ai dit "J'ai commencé en 1982".

Il s'est exclamé, "C'est impossible! J'y travaillais en 1982 et je ne me rappelle pas de toi. Tu te trompes - tu n'y étais pas".

J'ai dit "il y avait plus de 6000 employés qui y travaillaient - tu ne peux pas te souvenir de tous."

Il a dit "Je me serais souvenu de toi!"

La conversation était devenue un peu bizarre. Qui était cette homme?

Avec la patience pour les ignorants que j'avais cultivé en tant que personne d'origine mixte en Angleterre, j'ai mentionné le nom de mon chef, les projets, mon bâtiment etc.

Mais il a continué d'insister que je n'avais pas existé dans l'entreprise. Était-ce le sexisme ou le racisme ou les deux? Je ne savais pas.

J'en avais marre. Donc, j'ai décidé que j'allais quitter le pub et rentrer chez moi. Cet homme essayait de me dévaloriser. J'ai aussi décidé à même moment là de quitter le WI. Je préférais la compagnie de mon chien.

Maintenant, il parlait alors de sa carrière chez British Aerospace. En 1982 il avait été un manager dans un bâtiment de l'autre côté du site. Puis il s'est arrêté de parler et s'est souvenu de quelque chose sur les femmes au travail à cette période.

Oui - Il y avait un petit groupe de jeunes femmes. Il s'est souvenu qu'elles avaient fait un scandale - une situation dégoûtante - qui avait obligé tous les responsables, lui même aussi - à suspendre ce qu'ils faisaient et rejoindre une réunion pour empêcher ces femmes d'afficher des photos d'hommes nus partout.

Je me suis retournée en partant, j'ai murmuré - oui - c'était moi.

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11 comments on “Un Petit Peu De #MeToo - Épisode 4”

  1. Très intéressant cet épisode de ta vie professionnelle en tant que jeune ingénieure
    Lauren et toi avez eu raison d'afficher des photos d'hommes nus en érection; vous étiez ainsi en égalité.
    2016 a été une année très éprouvante pour toi Beaucoup de chagrin et de tristesse et je sais de quoi je parle.
    Ta petite Reina était très mignonne.
    Je pense que depuis presqu'un an que tu es installée au Col tu es apaisée et que l'air de la montagne te fait du bien.
    Merci pour ces bons moments de lecture.

    1. Merci pour le lire Marie-Claude. Tu es très gentille de m'aider et de m'encourager. Ecrire l'histoire m'a fait penser à Lauren. J'ai perdu le contact avec elle - mais j'ai la trouvé sur LinkedIn il y quelque semaines. Elle habite à Toronto depuis 30 ans.

      Oui Reina était un peu chérie. Reina est venu après Rocco, et Rocco est venu après Chantal. Je cherches encore l'un qui va venir après Reina.x

  2. Brilliant! How strange it came full circle - and I'm glad you resigned from the club and left the pub. Isn't life odd...showing us the past at times, perhaps to indicate how far we've moved on. Brava, Liz! I enjoyed your series and can only imagine how long it took you to write in French. Well done.

  3. Le monde est tellement petit!
    À ce que je comprends, il ne s'était pas vraiment amélioré au fil des années.
    Ton histoire est impressionnante, j'ai adoré.
    J'espère que tu vas nous raconter encore beaucoup d'autres belles histoires.
    Ta chienne Reina est si belle, j'espère que tu vas trouver un autre amour de petite chienne!
    Des fois, les chiens sont mieux que les humains.....

  4. ll était très intéressant de l'entendre parler au sujet de votre vie dans une aile d'un manoir aristocratique - une expérience toute neuve et très différente pour vous. Vous avez mentionné la difficulté que vous avez eue avec votre belle ancienne ferme à Devon, Brexit et en deuil de votre mère. La douleur et la colère sont vraiment trop lourdes à porter! Ensuite, vous avez décrit le scénario dans le pub avec les femmes de WI et leurs maris. Il semble que cela soit devenu une mauvaise blague. Peut-être l'homme avait un petit verre de trop comme son attitude était très déplaisant. Toute cette histoire était un marathon et non un sprint! C'est très bien fait et comporte plusieurs photos et illustrations magnifiques!

  5. Beautifully written, Liz. I looked forward to reading each episode. Thank you for inviting me to read. From the very first paragraph, you write with rich metaphors and vivid descriptions, of the varied experiences you have had. When you walked away from the patronising, old man with the superior, dismissive attitude, discounting that you could possibly have worked on those projects, in that position in the company, did you have a sense of satisfaction in imagining that you wiped the smirk of his face?

    1. Yes - I did. Thank you for reading and for your thoughtful comment. The thing is I did live through and work on those projects so I know about people like him and - let's face it - his being one of the managers who back then couldn't organise a drunken party in a brewery was not a good look. Just another idiot Jude.

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