Le Héros Et L'Hôtel - Épisode #1

Published 15-May-2020 By Liz Updated 22-May-2020

Voici le premier episode.


C'est l'histoire d'une situation humiliante est quelque peu ridicule, qui m'est arrivée il y a trente ans. Mon récit commence en Italie. Ou plus précisément, en Sicile.

Pendant dix-huit mois, Russell et moi avions fait de très longues heures de travail dans une raffinerie de pétrole en Italie. À l'époque, nous habitions à Syracuse, une ville très animée sur la côte sud-est de la Sicile.

Nous habitions dans un appartement avec un sol en marbre et si près de la mer que nous pouvions entendre les vagues s'écraser sur les énormes rochers en dessous. Nous avions loué l'appartement d'un puissant chef de la Mafia - mais ça, comme on dit, c'est une autre histoire.

Notre apartment avec les volets verts

Chaque jour, Russell et moi roulions sur la route côtière poussiéreuse où la mer Méditerranée bleue remplissait l'espace entre l'Europe du Sud et l'Afrique du Nord. La proximité des deux continents pour moi était la preuve visuelle qu'ils étaient deux frères partageant une seule maman préhistorique et belle.

On peut voir les liens profonds qui existent entre les deux continents proches dans leur longue histoire tourmentée. Bien sûr, ils partagent un cordon ombilical mais malheureusement le plus jeune n'a jamais cessé d'essayer de s'approprier avidement toutes les richesses de l'autre.

La raffinerie de pétrole était située à Priolo, 14 kilomètres au nord de Syracuse. La raffinerie elle-même était comme une petite ville, mais polluée, bruyante, et peuplée de milliers d'hommes identiques aux mains sales et graisseuses qui portaient des salopettes oranges, des casques de chantier et des bottes à embout d'acier.

Les travailleurs étaient habitués à respirer les vapeurs de pétrole pendant l'entretien de la jungle fumante des tuyaux et des cheminée. Pendant leurs pauses, ils suçaient leur cigarettes. Il me semblait, qu'ils avaient oublié ce que c'était de respirer l'air frais. Ils étaient comme des singes maniant les outils dans leur habitat naturel.

La raffinerie à Priolo

La raffinerie avait des rues, des carrefours, des impasses et des feux de circulation. C'était comme une ville où les architectes auraient oubliés à construire des magasins et des maisons, mais à la place ils avaient concentré leurs efforts sur l'architecture des cauchemars.

Partout il y avait des tuyaux, tordus, métalliques et sans fin qui reflétaient la luminosité aveuglante du soleil avant de disparaître dans les tripes terrifiantes et sombres de la raffinerie.

Notre projet était de développer un logiciel pour signaler la vitesse et la température des gazs et des liquides circulants dans les tuyaux de la raffinerie. La seule but du projet était la sécurité de la zone et du personnel. Les responsables de l'entreprise devaient savoir en avance si la raffinerie allait exploser.

En Sicile, pendant l'été, la température était souvent supérieure à 40 degrés. Nous travaillions dans la salle de commande, au coeur de la raffinerie. Le chaleur du soleil nous frappait indirectement comme il chauffait les bâtiments, les rues de la raffinerie et l'air qui entrait par les fenêtres ouvertes pour nous opprimer. La chaleur de la raffinerie nous punissait. Mais le côté positif, c'est qu'on pouvait voir le Mont Etna par les mêmes fenêtres. Il brûlait avec nous, avec sympathie.

Nous pouvions voir Mont Etna de salle de commande

Pour écrire des logiciel, je devais m'asseoir comme une statue, dans un bureau que me semblait un four. Je prenais soin de m'assurer que rien ne bougeaient que mes doigts. C'était une forme d'árt ... de penser et travailler sans bouger et sans me plaindre de la chaleur.

Je restais assise, immobile pendant que la sueur coulait sur mon visage et mon corps, trempant mes vêtements. Je me suis habituée aux conditions dans la salle de commande. Une salle sans la climatisation, pleine d'écrans d'ordinateurs et d'hommes italiens, qui malgré les conditions, portaient des costumes de créateurs.

En Sicile, le déjeuner est très important. Il est si important qu'il prend une signification presque religieuse. De mon expérience du travail en Sicile, il n'avait servi à rien de commencer une réunion après onze heures du matin. À cette heure, tout le monde avaient cessé de travailler et plutôt, ils commençaient à imaginer leur déjeuner.

Il y avait une cantine du personnel où on pouvait manger de la salade avec de la vinaigrette, du poisson, de la viande (tous deux absolument sans sauce), et naturellement, des pâtes. Chaque repas était terminé avec les petites oranges Siciliennes. Les ouvriers en orange mangeaient les oranges dans la cantine.

Mais nous deux avions l'habitude de traîner avec les managers, et parfois de les accompagner pour manger dans une trattoria rustique et très animée en haut sur les rochers au bord de la route côtière.

En été, la Sicile était très aride. Les cactus sont partout, la terre était desséchée et le soleil était implacable. À midi, la mer ayant perdu sa couleur, scintillait blanche et grise dans la lumière éclatante.

La trattoria où nous mangions le déjeuner était comme une oasis de prospérité dans un désert sur une île rocheuse. Une île avec une crise d'identité, flottant, dangereusement proche de l'Afrique pendant que les habitants la ramenaient désespérément vers l'Europe. Quand les Siciliens nous voyaient nous flétrir sous la chaleur ils nous disaient toujours "ce n'est pas l'Afrique".

La trattoria appartenait et était dirigée par Domenico, un homme grand, fort et amical qui connaissait bien ses clients.

Vingt ans plus tard, lorsque nous sommes retournés en Sicile pour rendre visite à nos amis, il s'est souvenu de nous avec beaucoup d'affection, avec des embrassades, avec excitation et avec des larmes d'incrédulité. Il ne pouvait pas croire que nous étions retournés dans sa trattoria pour déjeuner, après si longtemps.

Un jour, dans la trattoria avec un grand plat devant moi, de pâtes Siracusana, une sauce faite avec des aubergines et qui était un repas de rois à mon avis, le plus exquis de tous, Russell m'a dit qu'il voulait faire un voyage autour du monde.

Nous avions besoin de vacances après si longtemps dans la salle de commande à Priolo. Mais, autour du monde???! Pendant combien de temps? Il a dit - nous n'avons que trois mois.

OK .. j'ai dit, et le lendemain, j'ai commencé à faire des plans, et à réserver des vols et des hôtels.


On continue .... pour lire l'épisode 2 cliquez ici


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13 comments on “Le Héros Et L'Hôtel - Épisode #1”

  1. Je connais la suite ... « et Russell a voulu que nous commencions par les Alpes, nous sommes allés dans d’un Hôtel près de Morzine. lors d’une visite aux alentours, nous nous sommes trompés de chemin et sommes tombés sur de charmant petits chalets... aujourd'hui c est dans ce petit chalet que j'écris mes histoires et je me rends compte à quel point ma vie fut riche, le voyage est une grande richesse. J’ai côtoyé des gens totalement différents, j'ai apprivoisé des villes et aujourd'hui dans ce petit chalet j’apprivoise ma vie ... » Bon Marilyn on verra si je suis très loin de la vérité !!!

    1. L'histoire que tu décris est bien meilleure que la réalité, je pense. Si ma vie a été si simple ! Mais maintenant, au moins, ma vie est simple.

  2. You write so beautifully. I felt like I took a journey into a wondrous place, and then the imagery changed and I felt the discomfort of the heat and smell of the place. And, finally, ended in a happy place again; the trattoria. I have had your pasta with eggplant "sauce" and it's divine.

    Question - Did your landlord ever say "badda bing badda boom?"

    1. Thank you for reading Pamela. I am so happy you have taken the time to do it.

      No - I don't think real Sicilians (and real Mafia bosses) say those things. It's only the ones that have gone to America who say "badda bing badda boom", "you, you're good", "who you looking at" and stuff like that. But you know that. LOL.

  3. Cette histoire contient de nombreux récits fascinants - la culture de Sicile, la vie à Syracuse, la chaleur de la raffinerie, et vos expériences personnelles. J’ai visité Sicile un fois - en septembre, 2015 avec mon mari. Notre bateau de croisière était amarré au quai du port de la ville de Messine. En l'espace de quelques heures, la ville était inondée par plusieurs groupes de touristes. Nous avons eu un déjeuner dans un petit restaurant, très proche du port. Je m'en rappelle encore très bien - il faisait très chaud! Il y avait tant de soleil que nous nous étions mis sous l’ombre rafraîchissante des arbres. Lorsque nous sommes retournés au navire nous sommes reposés dans notre cabine climatisée. Je vous plains vraiment, quand vous devez travailler en Sicile durant les grosses chaleurs estivales. Bon sang! Ce n'est pas surprenant que vous voulez passer une période de vacances.

    Ces photos de Messina avaient été prise le 8 septembre 2015. La vue imprenable sur la ville depuis la véranda de notre cabine vers sept heures le matin, en route directe sur le port - calme et reposante. Il est très agréable de s'y réveiller tôt, car on a des lumières splendides de début de journée.

    Messina

    Messina

  4. Quel opportunité habiter en Sicile. Mais la raffiniere sembles un place très mal pour la santé n’est pas. Je hâte lire plus de vos histoires avec Russell et votre tour de la monde.

    1. La vie en Sicile était fantastique. Mais nous avions de bons emplois. Beaucoup de jeunes n'avaient pas de travail à cette époque. Mais les conditions à la raffinerie n'étaient pas agréables. Par exemple, je devais rouler sur 3 km pour aller aux toilettes! Il n'y avait pas de toilettes pour les femmes. Et celles des hommes étaient dégolas !

      Pire encore, chaque fois que je partais pour chercher des toilettes aux bureaux administratifs à la périphérie de la raffinerie, tous les hommes - des centaines d'hommes - en orange m'applaudissaient en route! Chaque fois, chaque jour pendant 18 mois, je devais passer par les baguettes. <--- I think that is French for run the gauntlet, but I could be wrong.

  5. Très intéressant et instructif votre travail en Sicile mais quelle chaleur. Par contre la vue sur l'Etna magnifique!!!!
    Alors ce tour du monde ?

  6. J'imagine la trattoria et ça me donne faim!
    Tu décris le plus beau et le plus moche avec maestria.
    J'adore!
    La morale c'est qu'on arrive toujours à trouver quelque chose de positif dans une ambiance apparament difficile.

    1. Tu es si gentille, Natalie. J'ai peur pour le troisième épisode car il sera difficile de décrire. J'espère que je pourrai lui rendre justice.

  7. This is wonderful, Elizabeth! So beautifully written - the workers in orange eating oranges, for example. Brava! I look forward to seeing how the story develops!

    1. Brace yourself! I had a week off from writing as I managed to badly injure my foot earlier this week and the pain sent me to bed for two whole days. So the next and last episode is next week now. I hope it will make sense as I will need to convey some very odd ideas.

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